L’entretien professionnel tel que vous le connaissez change de nom et de règles le 1er octobre 2026, dans moins de deux semaines. La réforme, portée par la loi sur l’emploi des seniors, le rebaptise entretien de parcours professionnel (EPP) et en modifie la fréquence, le contenu et les articulations avec la médecine du travail. Ce que les employeurs doivent vérifier dès maintenant.
De l’entretien professionnel à l’entretien de parcours professionnel : ce qui change
Depuis la loi du 5 mars 2014 et ses ajustements de 2018, l’entretien professionnel était obligatoire tous les deux ans pour chaque salarié (article L.6315-1 du Code du travail), avec un bilan tous les six ans. À partir du 1er octobre 2026, il devient l’entretien de parcours professionnel (EPP), avec une fréquence assouplie mais un contenu enrichi.
| Critère | Entretien professionnel (avant le 1er oct. 2026) | Entretien de parcours professionnel EPP (à partir du 1er oct. 2026) |
|---|---|---|
| Fréquence | Tous les 2 ans + après certains congés | Tous les 4 ans (première fois dans l’année suivant l’embauche) |
| Bilan récapitulatif | Tous les 6 ans (3 critères à cocher) | Tous les 8 ans |
| Contenu | Perspectives d’évolution, formations, VAE, CPF | Compétences actuelles, évolution, formations, reconversion/mobilité, CPF, accompagnements professionnels |
| Entretien senior | Non prévu explicitement | Entretien post-visite médicale de mi-carrière + rendez-vous dans les 2 ans précédant les 60 ans |
| Accords d’entreprise | Fréquence pouvait être renforcée par accord | Les accords prévoyant une fréquence supérieure à 4 ans doivent être révisés avant le 1er octobre 2026 |
La réforme cherche à transformer un entretien souvent vécu comme une formalité administrative en véritable outil de gestion de carrière, avec un horizon de 4 ans qui permet un travail de fond sur l’employabilité. La réduction de fréquence ne signifie pas un allègement des obligations : le contenu de chaque entretien est désormais plus structuré.
Ce que l’employeur doit préparer avant le 1er octobre 2026
- Vérifier vos accords d’entreprise ou de branche. Si un accord prévoit une fréquence supérieure à 4 ans (c’est-à-dire moins fréquent que toutes les 4 ans), il doit être révisé avant le 1er octobre. Consultez votre service juridique ou votre OPCO.
- Identifier les salariés en attente d’entretien. Tous les salariés embauchés dans l’année passée et n’ayant pas encore eu d’entretien doivent en bénéficier. Vérifiez aussi les prochaines échéances (bilan des 8 ans).
- Former vos managers à la nouvelle grille. Le contenu enrichi de l’EPP (compétences, mobilité, CPF, reconversion) nécessite que le manager soit capable d’animer le rendez-vous avec une posture de conseil, pas seulement administrative.
- Articuler l’EPP avec la visite médicale de mi-carrière. La réforme prévoit explicitement un entretien post-visite de mi-carrière (45 ans). Synchroniser les deux démarches avec le médecin du travail et le SPSTI compétent est une bonne pratique que l’inspection du travail valorise.
- Mettre à jour vos trames d’entretien. Le formulaire de l’entretien professionnel ne suffit plus : la nouvelle grille doit inclure le CPF, la mobilité, la reconversion et les dispositifs d’accompagnement (CEP, VAE, Pro-A).
Le passage du bilan de 6 à 8 ans ne supprime pas l’obligation : à l’issue de chaque période, l’employeur doit toujours justifier que le salarié a bénéficié de formations, de progression salariale ou professionnelle et de certifications. L’allongement à 8 ans allonge le délai, il n’exonère pas. Les PME qui n’ont pas anticipé le premier bilan « nouvelle formule » risquent de se retrouver en infraction sans avoir révisé leurs pratiques RH. Les OPCO proposent des diagnostics et des kits gratuits : sollicitez le vôtre avant la date.
Articulation avec le suivi en santé au travail
La réforme de l’EPP s’inscrit dans la continuité de la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 qui avait instauré la visite médicale de mi-carrière à 45 ans (article R.4624-28-1 du Code du travail). Les deux démarches convergent désormais explicitement : l’employeur qui organise l’EPP post-visite de mi-carrière dispose d’un double regard — médical et managérial — sur l’employabilité du salarié et les adaptations de poste éventuelles.
Concrètement, le médecin du travail peut identifier lors de la visite de mi-carrière des restrictions médicales, des expositions à risques (TMS, RPS, risques chimiques) ou des signes d’usure professionnelle. L’entretien de parcours professionnel qui suit est le moment idéal pour traduire ces constats en actions concrètes : formation, aménagement de poste, mobilité interne, démarche VAE. C’est aussi le moment de mettre à jour le DUERP si des expositions nouvelles ont été identifiées.
La réforme introduit un rendez-vous spécifique dans les deux ans précédant les 60 ans de chaque salarié. Il s’agit d’anticiper les transitions de fin de carrière : aménagement du temps de travail, transmission des compétences, mobilité vers un poste allégé, démarche de retraite progressive. L’employeur qui n’organise pas ce rendez-vous s’expose à une remise en cause de ses pratiques en cas de contentieux lié à une inaptitude tardive ou à une rupture conventionnelle contestée.
Sources : Culture RH — Entretien de Parcours Professionnel 2026 • SVP.com — Entretien de parcours professionnel : quels changements au 1er octobre 2026 ? (18/09/2026) • Art. L.6315-1 Code du travail (Légifrance) • Ministère du Travail
