Qu’est-ce que les risques psychosociaux (RPS) ?
Les risques psychosociaux recouvrent les situations de travail susceptibles de porter atteinte à la santé physique et mentale des salariés. Selon l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), ils sont définis comme « des risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi, l’organisation du travail et les relations au travail ».
L’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) distingue six grandes familles de facteurs de RPS, identifiées dans le rapport Gollac (2011) :
- Intensité et temps de travail : surcharge, urgences répétées, horaires décalés
- Exigences émotionnelles : contact avec la souffrance, devoir de maîtriser ses émotions
- Manque d’autonomie : travail prescrit sans marges de manœuvre
- Rapports sociaux dégradés : conflits, absence de soutien du management
- Conflits de valeurs : travail empêché, injonctions contradictoires
- Insécurité de la situation de travail : peur du licenciement, changements incessants
Les principales formes de RPS en entreprise

Stress au travail
Le stress professionnel survient lorsqu’il y a un déséquilibre entre les exigences perçues et les ressources disponibles pour y faire face (modèle de Karasek). Il se manifeste par des tensions musculaires, des troubles du sommeil, de l’irritabilité et une baisse de la concentration. L’Accord National Interprofessionnel (ANI) du 2 juillet 2008 sur le stress au travail engage les employeurs à identifier et traiter les situations de stress collectif.
Burn-out et épuisement professionnel
Le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out) est caractérisé par trois dimensions : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la réduction de l’accomplissement personnel. Depuis la loi du 2 août 2021 sur la santé au travail, le médecin du travail peut établir un certificat médical de burn-out pour faciliter la reconnaissance en maladie professionnelle hors tableau. Le dépôt d’un dossier auprès du CRRMP (Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles) est possible si l’incapacité est ≥ 25 %.
Harcèlement moral et harcèlement sexuel
Le harcèlement moral est défini à l’article L.1152-1 du Code du travail comme des agissements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail. Il engage la responsabilité civile et pénale de l’employeur même si l’auteur est un collègue. La loi du 8 août 2016 (El Khomri) a étendu les obligations de l’employeur en matière de harcèlement sexuel (art. L.1153-1 et suivants).
L’employeur doit obligatoirement désigner un référent harcèlement sexuel (art. L.1153-5-1 CT) dans les entreprises d’au moins 250 salariés, et le CSE désigne le sien depuis la loi du 5 septembre 2018.
Violences internes et externes
Les violences au travail incluent les incivilités, insultes, menaces et agressions physiques. Elles peuvent être internes (entre salariés ou de la part d’un manager) ou externes (de la part de clients, usagers, patients). Les secteurs les plus exposés sont la santé, les transports, le commerce de détail et les services aux personnes.
Obligations légales de l’employeur face aux RPS
L’employeur a une obligation générale de sécurité de résultat envers ses salariés, issue des articles L.4121-1 à L.4121-5 du Code du travail et de la directive européenne 89/391/CEE. Cette obligation s’étend aux risques psychosociaux depuis les arrêts de la Cour de cassation de 2002 (Snecma, Wolber).
Concrètement, cela implique :
- Évaluer les RPS dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) — obligation issue du décret du 5 novembre 2001 (art. R.4121-1 CT), renforcée par la loi du 2 août 2021
- Mettre en place un plan d’action de prévention des RPS, formalisé dans le DUERP (programme annuel de prévention pour les entreprises ≥ 50 salariés)
- Informer et former les managers et salariés sur les facteurs de RPS
- Consulter le CSE sur tout projet susceptible d’impacter les conditions de travail (art. L.2312-8 CT)
- Désigner un référent RPS ou un responsable QVT dans les grandes entreprises
En cas de manquement à cette obligation, l’employeur s’expose à des poursuites pour faute inexcusable (accident du travail ou maladie professionnelle), à des condamnations au titre du harcèlement moral et à des dommages et intérêts.
Comment évaluer et prévenir les RPS : plan d’action en 5 étapes

La méthode recommandée par l’ANACT repose sur une démarche participative en 5 étapes :
- Préparer le projet : constituer un groupe de travail pluridisciplinaire (DRH, managers, représentants du personnel, médecin du travail), délimiter le périmètre de l’évaluation
- Diagnostiquer : analyser les indicateurs existants (absentéisme, turn-over, AT, inaptitudes), mener des enquêtes qualitatives (entretiens, questionnaires anonymisés)
- Identifier les situations à risque : cartographier les unités de travail exposées, hiérarchiser les facteurs selon leur fréquence et leur gravité
- Élaborer le plan d’action : actions de prévention primaire (réduire les causes), secondaire (renforcer les ressources des salariés) et tertiaire (prendre en charge les personnes en souffrance)
- Suivre et évaluer : indicateurs de suivi (taux d’absentéisme, nb de signalements), révision annuelle du DUERP, bilan auprès du CSE
Le rôle du CSE et du médecin du travail face aux RPS
Le Comité Social et Économique (CSE), issu des ordonnances Macron de 2017, est l’interlocuteur privilégié de l’employeur sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail. Il dispose de plusieurs leviers face aux RPS :
- Droit d’alerte (art. L.2312-60 CT) : tout membre du CSE peut exercer un droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits ou à la santé physique et mentale d’un salarié
- Commission CSSCT (obligatoire ≥ 300 salariés) : instruit les questions relatives à la santé, sécurité et conditions de travail, y compris les RPS
- Recours à un expert agréé : en cas de risque grave ou de projet important modifiant les conditions de travail (art. L.2315-94 CT), le CSE peut mandater un expert RPS aux frais de l’employeur
Le médecin du travail joue un rôle central dans la prévention des RPS. Il peut :
- Alerter l’employeur en cas de situation collective à risque (art. L.4624-9 CT)
- Proposer des aménagements de poste ou des restrictions d’aptitude
- Orienter les salariés en souffrance vers les dispositifs d’aide psychologique (CUMP, cellules d’écoute)
- Participer à la commission de suivi du plan de prévention des RPS
Questions fréquentes sur les risques psychosociaux (RPS)
Quels sont les indicateurs d’alerte RPS à surveiller en entreprise ?
Le burn-out est-il reconnu comme maladie professionnelle en France ?
L’employeur peut-il être condamné pour RPS sans avoir eu connaissance de la situation ?
Comment intégrer les RPS liés au télétravail dans le DUERP ?
Quel est le coût d’un accompagnement RPS par un cabinet spécialisé ?
Quelle est la différence entre RPS, QVT et QVCT ?
Vous gérez des RPS dans votre entreprise ?
Téléchargez notre checklist DUERP 2026 (50 points) pour structurer votre démarche de prévention des risques, y compris les RPS.
📥 Télécharger la checklist DUERP 2026Ou contactez un expert pour un accompagnement sur-mesure.
À lire aussi
Maladies professionnelles : reconnaissance, tableaux AT/MP et obligations employeur 2026 →
À lire également : Harcèlement moral au travail : obligations de l’employeur 2026
Voir aussi : Guide complet burnout et épuisement professionnel 2026
Le harcèlement sexuel au travail est également une composante des risques psychosociaux à intégrer dans votre DUERP.