Risques psychosociaux au travail (RPS) : obligations et prévention 2026

En bref — Les risques psychosociaux (RPS) désignent l’ensemble des risques professionnels d’origine et de nature psychologique. Ils incluent le stress, le burn-out, le harcèlement et les violences au travail. Depuis la loi du 2 août 2021 et les dispositions du Code du travail (art. L.4121-1), l’employeur a une obligation légale de les évaluer et de les prévenir. Une prévention efficace réduit l’absentéisme, améliore la QVT et engage la responsabilité civile et pénale de l’employeur en cas de manquement.

Qu’est-ce que les risques psychosociaux (RPS) ?

Les risques psychosociaux recouvrent les situations de travail susceptibles de porter atteinte à la santé physique et mentale des salariés. Selon l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), ils sont définis comme « des risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi, l’organisation du travail et les relations au travail ».

L’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) distingue six grandes familles de facteurs de RPS, identifiées dans le rapport Gollac (2011) :

  • Intensité et temps de travail : surcharge, urgences répétées, horaires décalés
  • Exigences émotionnelles : contact avec la souffrance, devoir de maîtriser ses émotions
  • Manque d’autonomie : travail prescrit sans marges de manœuvre
  • Rapports sociaux dégradés : conflits, absence de soutien du management
  • Conflits de valeurs : travail empêché, injonctions contradictoires
  • Insécurité de la situation de travail : peur du licenciement, changements incessants
📊 Chiffre clé INRS 2023 — Les RPS représentent la 2e cause de maladie professionnelle en France et sont à l’origine d’environ 30 % des arrêts maladie de longue durée. Le coût social du stress au travail est estimé entre 2 et 3 milliards d’euros par an (rapport INRS ED 6139).

Les principales formes de RPS en entreprise

Prévention risques psychosociaux — réunion équipe DRH et SST

Stress au travail

Le stress professionnel survient lorsqu’il y a un déséquilibre entre les exigences perçues et les ressources disponibles pour y faire face (modèle de Karasek). Il se manifeste par des tensions musculaires, des troubles du sommeil, de l’irritabilité et une baisse de la concentration. L’Accord National Interprofessionnel (ANI) du 2 juillet 2008 sur le stress au travail engage les employeurs à identifier et traiter les situations de stress collectif.

Burn-out et épuisement professionnel

Le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out) est caractérisé par trois dimensions : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la réduction de l’accomplissement personnel. Depuis la loi du 2 août 2021 sur la santé au travail, le médecin du travail peut établir un certificat médical de burn-out pour faciliter la reconnaissance en maladie professionnelle hors tableau. Le dépôt d’un dossier auprès du CRRMP (Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles) est possible si l’incapacité est ≥ 25 %.

Harcèlement moral et harcèlement sexuel

Le harcèlement moral est défini à l’article L.1152-1 du Code du travail comme des agissements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail. Il engage la responsabilité civile et pénale de l’employeur même si l’auteur est un collègue. La loi du 8 août 2016 (El Khomri) a étendu les obligations de l’employeur en matière de harcèlement sexuel (art. L.1153-1 et suivants).

L’employeur doit obligatoirement désigner un référent harcèlement sexuel (art. L.1153-5-1 CT) dans les entreprises d’au moins 250 salariés, et le CSE désigne le sien depuis la loi du 5 septembre 2018.

Violences internes et externes

Les violences au travail incluent les incivilités, insultes, menaces et agressions physiques. Elles peuvent être internes (entre salariés ou de la part d’un manager) ou externes (de la part de clients, usagers, patients). Les secteurs les plus exposés sont la santé, les transports, le commerce de détail et les services aux personnes.

⚠️ Avertissement légal — Les informations de cette page sont à titre informatif. En cas de situation de RPS avérée dans votre entreprise, faites appel à votre médecin du travail, à votre SPSTI (Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises) ou à un expert agréé en évaluation des RPS. L’ANACT propose également un accompagnement gratuit aux entreprises.

Obligations légales de l’employeur face aux RPS

L’employeur a une obligation générale de sécurité de résultat envers ses salariés, issue des articles L.4121-1 à L.4121-5 du Code du travail et de la directive européenne 89/391/CEE. Cette obligation s’étend aux risques psychosociaux depuis les arrêts de la Cour de cassation de 2002 (Snecma, Wolber).

Concrètement, cela implique :

  • Évaluer les RPS dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) — obligation issue du décret du 5 novembre 2001 (art. R.4121-1 CT), renforcée par la loi du 2 août 2021
  • Mettre en place un plan d’action de prévention des RPS, formalisé dans le DUERP (programme annuel de prévention pour les entreprises ≥ 50 salariés)
  • Informer et former les managers et salariés sur les facteurs de RPS
  • Consulter le CSE sur tout projet susceptible d’impacter les conditions de travail (art. L.2312-8 CT)
  • Désigner un référent RPS ou un responsable QVT dans les grandes entreprises

En cas de manquement à cette obligation, l’employeur s’expose à des poursuites pour faute inexcusable (accident du travail ou maladie professionnelle), à des condamnations au titre du harcèlement moral et à des dommages et intérêts.

Comment évaluer et prévenir les RPS : plan d’action en 5 étapes

Indicateurs absentéisme et bien-être au travail — tableau de bord RPS
💡 Astuce DRH — L’INRS propose un outil gratuit d’évaluation des RPS adapté aux PME : RPS-DU (téléchargeable sur inrs.fr). Il permet de coter les facteurs de risques et de les intégrer directement dans le DUERP sans faire appel à un consultant externe.

La méthode recommandée par l’ANACT repose sur une démarche participative en 5 étapes :

  1. Préparer le projet : constituer un groupe de travail pluridisciplinaire (DRH, managers, représentants du personnel, médecin du travail), délimiter le périmètre de l’évaluation
  2. Diagnostiquer : analyser les indicateurs existants (absentéisme, turn-over, AT, inaptitudes), mener des enquêtes qualitatives (entretiens, questionnaires anonymisés)
  3. Identifier les situations à risque : cartographier les unités de travail exposées, hiérarchiser les facteurs selon leur fréquence et leur gravité
  4. Élaborer le plan d’action : actions de prévention primaire (réduire les causes), secondaire (renforcer les ressources des salariés) et tertiaire (prendre en charge les personnes en souffrance)
  5. Suivre et évaluer : indicateurs de suivi (taux d’absentéisme, nb de signalements), révision annuelle du DUERP, bilan auprès du CSE

Le rôle du CSE et du médecin du travail face aux RPS

Le Comité Social et Économique (CSE), issu des ordonnances Macron de 2017, est l’interlocuteur privilégié de l’employeur sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail. Il dispose de plusieurs leviers face aux RPS :

  • Droit d’alerte (art. L.2312-60 CT) : tout membre du CSE peut exercer un droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits ou à la santé physique et mentale d’un salarié
  • Commission CSSCT (obligatoire ≥ 300 salariés) : instruit les questions relatives à la santé, sécurité et conditions de travail, y compris les RPS
  • Recours à un expert agréé : en cas de risque grave ou de projet important modifiant les conditions de travail (art. L.2315-94 CT), le CSE peut mandater un expert RPS aux frais de l’employeur

Le médecin du travail joue un rôle central dans la prévention des RPS. Il peut :

  • Alerter l’employeur en cas de situation collective à risque (art. L.4624-9 CT)
  • Proposer des aménagements de poste ou des restrictions d’aptitude
  • Orienter les salariés en souffrance vers les dispositifs d’aide psychologique (CUMP, cellules d’écoute)
  • Participer à la commission de suivi du plan de prévention des RPS

Questions fréquentes sur les risques psychosociaux (RPS)

Quels sont les indicateurs d’alerte RPS à surveiller en entreprise ?
Les indicateurs quantitatifs incluent : taux d’absentéisme (en hausse), turn-over, nombre d’AT (accidents du travail) déclarés, plaintes formelles pour harcèlement, visites médicales spontanées en médecine du travail. Les indicateurs qualitatifs sont recueillis lors des entretiens annuels et des enquêtes de satisfaction QVT. L’INRS recommande d’analyser ces données par unité de travail pour détecter des sous-groupes exposés.
Le burn-out est-il reconnu comme maladie professionnelle en France ?
Le burn-out ne figure pas dans les tableaux de maladies professionnelles. Cependant, depuis la loi du 2 août 2021, le médecin du travail peut émettre un certificat médical spécifique. La reconnaissance en maladie professionnelle hors tableau est possible via le CRRMP si l’incapacité permanente partielle (IPP) est ≥ 25 % ET si la maladie est directement causée par le travail habituel. Les démarches se font auprès de la CPAM.
L’employeur peut-il être condamné pour RPS sans avoir eu connaissance de la situation ?
Oui. L’obligation de sécurité de l’employeur est une obligation de résultat depuis les arrêts Snecma et Wolber (Cour de cassation, 2002). L’employeur peut être condamné pour faute inexcusable même s’il ignorait la souffrance du salarié, s’il est établi qu’il aurait dû en avoir connaissance. C’est pourquoi la documentation (DUERP, compte-rendus CSE, signalements) est cruciale pour démontrer la mise en œuvre des mesures de prévention.
Comment intégrer les RPS liés au télétravail dans le DUERP ?
La loi du 2 août 2021 a ajouté l’obligation d’intégrer les risques liés aux nouvelles organisations du travail, dont le télétravail, dans le DUERP. Les facteurs spécifiques à évaluer sont : l’isolement social, la porosité vie privée/professionnelle, les difficultés techniques, l’absence de management de proximité, et la surcharge informationnelle (infobésité). L’accord ANI du 26 novembre 2020 sur le télétravail constitue la référence de base pour les DRH.
Quel est le coût d’un accompagnement RPS par un cabinet spécialisé ?
Les coûts varient selon la taille de l’entreprise et la profondeur de la mission. Un diagnostic RPS complet (entretiens qualitatifs + enquête quantitative + rapport + plan d’action) est facturé entre 5 000 € et 25 000 € HT pour une PME de 50 à 500 salariés. Le recours à l’expert mandaté par le CSE est à la charge de l’employeur (art. L.2315-94 CT). Des aides régionales (DREETS, CARSAT) peuvent cofinancer les diagnostics RPS dans les entreprises de moins de 50 salariés.
Quelle est la différence entre RPS, QVT et QVCT ?
Les RPS désignent les risques à prévenir (approche réglementaire). La QVT (Qualité de Vie au Travail) est une approche positive qui vise à améliorer les conditions de travail au-delà de la simple prévention. Depuis l’ANI du 9 décembre 2020, le terme officiel est QVCT (Qualité de Vie et des Conditions de Travail), qui intègre explicitement les conditions de travail dans une démarche de performance globale. Ces trois notions sont complémentaires : prévenir les RPS est le plancher légal, améliorer la QVCT est la démarche proactive.

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À lire aussi : TMS au travail : obligations de l’employeur et prévention 2026 — 87 % des maladies professionnelles, obligations L.4121-1 et programme ANACT TMS Pros.

À lire également : Harcèlement moral au travail : obligations de l’employeur 2026

Voir aussi : Guide complet burnout et épuisement professionnel 2026

Le harcèlement sexuel au travail est également une composante des risques psychosociaux à intégrer dans votre DUERP.

📄 Aller plus loin : Découvrez comment intégrer l’évaluation des RPS au télétravail dans votre DUERP — DUERP et RPS en télétravail : obligations employeur 2026.