- Est travailleur de nuit tout salarié effectuant au moins 3 nuits/semaine ou 270 nuits/an entre 21h et 7h.
- Le recours au travail de nuit exige un accord collectif ou une autorisation de l’inspecteur du travail.
- Contreparties obligatoires : repos compensateur + majoration salariale (fixées par accord).
- Surveillance médicale renforcée : visite tous les 6 mois avec le médecin du travail.
- Les femmes enceintes peuvent être retirées du travail de nuit sur certificat médical.
1. Qu’est-ce que le travail de nuit ?
Selon le Code du travail (art. L3122-2), tout travail accompli entre 21h et 6h est considéré comme travail de nuit. Une convention ou un accord collectif peut déplacer cette plage, mais elle doit obligatoirement comprendre l’intervalle 24h – 5h.
Un salarié est qualifié de travailleur de nuit dès lors qu’il accomplit :
- Au moins 3 fois par semaine une durée minimale d’heures de nuit fixée par accord (ou 3 heures à défaut) ;
- Ou au moins 270 heures de nuit sur une période de référence de 12 mois consécutifs.
Cette qualification ouvre des droits spécifiques en matière de contreparties, de surveillance médicale et de conditions de travail.

2. Conditions pour recourir au travail de nuit
Le recours au travail de nuit n’est pas libre. Il suppose la réunion de deux conditions cumulatives :
a) Une justification de nécessité : le travail de nuit doit être justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique ou des services d’utilité sociale (art. L3122-1 C. trav.).
b) Une base conventionnelle : un accord de branche étendu ou un accord d’entreprise/d’établissement doit prévoir le recours au travail de nuit. En l’absence d’accord, l’employeur peut saisir l’inspecteur du travail pour obtenir une autorisation exceptionnelle.
3. Durées maximales de travail
Le législateur encadre strictement les durées de travail des travailleurs de nuit :
| Type de durée | Plafond légal | Dérogation possible |
|---|---|---|
| Durée quotidienne | 8 heures | Accord ou autorisation DREETS : jusqu’à 12h |
| Durée hebdomadaire moyenne | 40 heures (sur 12 semaines consécutives) | Accord de branche : jusqu’à 44h |
| Repos quotidien | 11 heures consécutives | Accord : réduction possible sous conditions |
En cas de dépassement accidentel sur une semaine, l’employeur doit mettre en place des mesures équivalentes de récupération.
4. Contreparties obligatoires
Toute organisation du travail de nuit doit prévoir, par accord collectif, des contreparties au bénéfice des travailleurs de nuit, sous la forme de :
- Repos compensateur : sa durée minimale est fixée par accord. En l’absence de précision, les tribunaux considèrent qu’un repos raisonnable doit être accordé.
- Compensation salariale : majoration de salaire ou prime de nuit dont le taux est fixé par accord. À défaut d’accord, le Code du travail ne fixe pas de taux minimal légal — mais l’absence totale de contrepartie expose l’employeur à une requalification.
5. Surveillance médicale renforcée
Les travailleurs de nuit bénéficient d’un suivi médical spécifique (art. R4624-17 C. trav.) :
- Visite auprès du médecin du travail tous les 6 mois (au lieu de 5 ans en suivi individuel ordinaire).
- Possibilité pour le médecin de prescrire, à tout moment, un examen complémentaire, un aménagement ou une réaffectation de poste.
- Le médecin du travail peut rendre un avis d’inaptitude au travail de nuit : l’employeur doit alors proposer un autre emploi de jour au salarié.
Le refus de l’employeur de procéder à cette visite constitue un manquement grave à l’obligation de sécurité de résultat susceptible d’engager sa responsabilité civile et pénale.

6. Protections spécifiques
Femmes enceintes et allaitantes : toute salariée enceinte travaillant de nuit peut demander son affectation à un poste de jour dès qu’elle fournit un certificat médical (art. L3122-13 C. trav.). L’employeur dispose d’un délai de 3 jours pour proposer une affectation de jour. Sans poste disponible, la salariée est suspendue avec maintien du salaire.
Travailleurs vieillissants : un accord collectif ou le médecin du travail peuvent prévoir le passage de nuit à jour pour les salariés âgés rencontrant des difficultés de santé liées au rythme nocturne.
Vie personnelle et familiale : l’employeur doit, dans toute la mesure du possible, prendre en compte les contraintes familiales lors de la planification des équipes de nuit.
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