1. Qu’est-ce qu’un travailleur saisonnier ?
Le contrat de travail saisonnier est un CDD régi par l’article L.1242-2 2° du Code du travail. Il couvre les emplois dont les tâches sont liées à des variations cycliques d’activité indépendantes de la volonté de l’employeur : récoltes agricoles, saisons touristiques, pics de production agroalimentaire, déménagements estivaux, entretien des espaces verts, etc.
Du point de vue de la santé au travail, le saisonnier bénéficie des mêmes droits que les salariés permanents (art. L.4111-1 CT). La durée du contrat ne diminue pas l’obligation de prévention de l’employeur.
2. Suivi médical des travailleurs saisonniers
2.1 La visite d’information et de prévention (VIP)
Depuis la réforme du suivi médical du 1er janvier 2017 (décret du 27 décembre 2016), le principe est la visite d’information et de prévention (VIP), qui remplace la visite médicale d’embauche classique pour la majorité des salariés.
| Situation | Délai VIP | Qui réalise ? |
|---|---|---|
| Saisonnier non exposé à risque particulier | Dans les 3 mois suivant l’embauche | Professionnel de santé (infirmier SST ou médecin) |
| Travailleur de nuit (≥3h entre 21h-6h, ≥270h/an) | Avant la prise de poste | Médecin du travail |
| Travailleur exposé à risque particulier (CMR, bruit, TMS) | Avant la prise de poste (suivi renforcé) | Médecin du travail obligatoirement |
| Saisonnier récurrent (même poste, même employeur, <1 an d’écart) | Dispense possible si VIP <5 ans + pas d’inaptitude | Vérifier attestation de suivi précédente |
2.2 Suivi médical renforcé (SMR)
Certains saisonniers relèvent d’un suivi médical renforcé (SMR) avec visite préalable à l’embauche réalisée obligatoirement par le médecin du travail (art. R.4624-22 CT) :
- Exposition à des agents chimiques dangereux (pesticides, CMR, solvants)
- Travaux de nuit habituels
- Travaux exposant aux rayonnements ionisants
- Travaux en milieu hyperbare
- Risque de chute de hauteur (cueillette sur échelle, taille de haies)
- Travailleurs handicapés ou ayant une RQTH
3. DUERP et saisonniers : une mise à jour obligatoire
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) doit être mis à jour à chaque décision d’aménagement important des conditions de travail (art. R.4121-2 CT), et l’arrivée de travailleurs saisonniers constitue précisément un tel aménagement.
Concrètement, l’employeur doit :
- Identifier les risques spécifiques liés aux postes saisonniers (risques nouveaux ou aggravés).
- Mettre à jour le DUERP avant le début de la saison (pas après le premier accident).
- Informer les saisonniers des risques identifiés dans le DUERP et des mesures de prévention (art. L.4141-2 CT).
- Conserver le DUERP pendant au moins 40 ans (obligation issue de la loi Santé au Travail du 2 août 2021, applicable aux DUERP établis à compter du 31 mars 2022).
4. Formation sécurité : une obligation non contournable
La formation à la sécurité est obligatoire pour tout nouveau salarié, quelle que soit la durée du contrat (art. L.4141-2 et R.4141-1 à R.4141-13 CT). Elle doit couvrir :
- Les conditions de circulation dans l’entreprise (engins, zones piétonnes)
- Les conditions d’exécution du travail (outils, machines, EPI obligatoires)
- La conduite à tenir en cas d’accident ou de sinistre
Pour les postes exposés à des risques particuliers (travaux en hauteur, manipulation de produits chimiques, conduite d’engins), une formation renforcée est requise et doit être réalisée avant la prise de poste.
5. Risques spécifiques à la saison estivale
5.1 Risque chaleur et coup de chaleur
Depuis le plan national canicule, l’employeur a une obligation de résultat renforcée lors des épisodes de forte chaleur (circulaire DGT 2009/15 et art. R.4213-7 CT). Pour les travailleurs en extérieur ou en espace non climatisé :
- Fournir de l’eau fraîche à proximité immédiate du poste (au moins 1 litre par heure par salarié)
- Aménager les horaires (travaux lourds le matin, pauses à l’ombre)
- Former à la reconnaissance des signes du coup de chaleur (confusion, arrêt de transpiration)
- Adapter le rythme travail/repos selon les bulletins de vigilance météo
- Mettre à disposition EPI adaptés (casquette, vêtements légers, crème solaire)
5.2 TMS et gestes répétitifs
L’agriculture, l’agroalimentaire et la logistique concentrent la majorité des TMS saisonniers. Les facteurs de risque sont exacerbés sur les postes saisonniers : cadence élevée, travailleurs non habitués au poste, horaires allongés. L’ANACT recommande d’intégrer les saisonniers dans les plans de prévention TMS dès la phase de planification de la saison.
5.3 Travail isolé
Nombreux saisonniers sont amenés à travailler seuls (gardiennage, entretien, récolte). L’article R.4512-13 CT impose un dispositif de surveillance pour tout travail dangereux en situation d’isolement. En pratique : pointage téléphonique à intervalles réguliers, PTI (Protection du Travailleur Isolé), ou système d’alarme homme-mort.
6. Secteurs les plus concernés : obligations renforcées
| Secteur | Risques prioritaires | Textes de référence |
|---|---|---|
| Agriculture / viticulture | Pesticides (CMR), chaleur, TMS, chutes, zoonoses | Art. R.4412-59 CT, ANSES avis pesticides |
| Tourisme / hôtellerie restauration | Travail en coupure, horaires atypiques, RPS, brûlures cuisine | Art. L.3131-1 CT (repos quotidien), INRS ED 6296 |
| BTP / travaux de maintenance | Travaux en hauteur, chaleur, co-activité, PPSPS | Art. R.4532-1 CT, décret PPSPS |
| Agroalimentaire | TMS cadencés, froid, agents biologiques, bruit | INRS TF 272, Ameli AT-MP agroalimentaire |
| Logistique / manutention | TMS, engins, travail de nuit, chaleur entrepôts | Art. R.4541-1 CT (manutention manuelle), INRS ED 776 |
7. Plan d’action pratique : checklist employeur avant la saison
- ✅ Mettre à jour le DUERP avec les risques spécifiques aux postes saisonniers ouverts
- ✅ Adhérer ou vérifier l’adhésion à un SPSTI (Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises) couvrant vos saisonniers
- ✅ Programmer les VIP (ou vérifier les attestations existantes pour les récurrents)
- ✅ Planifier la formation sécurité à l’accueil (fiche d’intégration sécurité + émargement)
- ✅ Vérifier les EPI disponibles et les adapter aux risques estivaux (chaleur, UV, produits chimiques)
- ✅ Mettre en place le dispositif anti-chaleur (eau, ombrage, horaires aménagés, consignes canicule)
- ✅ Prévoir un dispositif travailleur isolé pour les postes en situation d’isolement
- ✅ Conserver les justificatifs (attestations VIP, émargements formations, DUERP mis à jour) — durée légale 5 ans minimum pour les formations, 40 ans pour le DUERP
8. Les SPSTI et le suivi des saisonniers : délégation possible
L’employeur peut déléguer l’organisation du suivi médical à son Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises (SPSTI). Depuis la loi du 2 août 2021, les SPSTI ont l’obligation de proposer une offre socle comprenant notamment le suivi médical des salariés à risque particulier, l’accompagnement dans la mise à jour du DUERP et des actions de prévention ciblées sur les secteurs à forte sinistralité.
Pour les entreprises multi-sites ou multi-régions ayant des saisonniers dans plusieurs départements, il est possible de signer des conventions inter-SPSTI pour éviter les doublons de cotisations et organiser le suivi au plus près du lieu de travail effectif.
Questions fréquentes — Travail saisonnier et santé au travail
Un saisonnier de moins d’un mois a-t-il droit à une visite médicale ? +
L’employeur peut-il faire démarrer un saisonnier sans visite médicale préalable ? +
Un saisonnier qui fait un accident du travail le premier jour est-il couvert par la CPAM ? +
L’employeur doit-il mettre le DUERP à disposition des saisonniers ? +
La clause de reconduction automatique du CDD saisonnier est-elle légale ? +
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