- Les TMS représentent 87 % des maladies professionnelles reconnues en France (INRS, ref. ED 814).
- Coût moyen pour l’entreprise : environ 21 500 €/an/salarié en arrêts de travail et cotisations AT/MP (Assurance Maladie).
- L’employeur a une obligation légale de prévention au titre de l’article L.4121-1 du Code du travail.
- La prévention passe par le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels), obligatoire dans toute entreprise.
- Des outils gratuits existent : le programme TMS Pros de l’ANACT propose un diagnostic en ligne pour identifier les facteurs de risque.
Qu’est-ce qu’un TMS ? Définition et chiffres clés 2024
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) désignent un ensemble d’affections touchant les muscles, tendons, nerfs et articulations, principalement au niveau du dos, des épaules, du cou, des poignets et des genoux. Ils surviennent ou s’aggravent sous l’effet des contraintes professionnelles — gestes répétitifs, efforts physiques, postures contraignantes, vibrations, mais aussi facteurs psychosociaux comme le stress ou le manque d’autonomie.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les TMS ne touchent pas uniquement les secteurs industriels ou logistiques. La grande distribution, les métiers de bureau (travail sur écran prolongé, souris, clavier), les soins à la personne, la restauration ou encore le BTP sont tous fortement exposés.
Les chiffres qui doivent alerter tout DRH
- 87 % des maladies professionnelles reconnues en France sont des TMS (INRS, ref. ED 814, ED 6070).
- Plus de 47 000 nouveaux cas de TMS reconnus chaque année par l’Assurance Maladie.
- Les TMS génèrent en moyenne 57 jours d’arrêt de travail par cas reconnu — contre 21 jours pour l’ensemble des accidents du travail.
- Le coût moyen d’un TMS reconnu en maladie professionnelle est estimé à 21 500 €/an/salarié (cotisations AT/MP, remplacement, perte de productivité).
Ces données montrent que les TMS ne sont pas un aléa marginal : ils constituent un risque systémique pour la santé des salariés et la performance de l’entreprise. Une approche préventive structurée n’est pas un luxe — c’est une nécessité économique et juridique.
Les facteurs de risque TMS en entreprise

Comprendre les causes des TMS est la première étape d’une prévention efficace. L’INRS distingue trois grandes familles de facteurs de risque, qui se combinent souvent au sein d’un même poste de travail.
Facteurs biomécaniques
Ce sont les causes les plus visibles et les plus directement liées à l’organisation du travail :
- Répétitivité des gestes : tâches effectuées en boucle avec une fréquence élevée, sans variation suffisante.
- Port de charges lourdes : le Code du travail fixe à 55 kg la charge maximale pour les hommes, 25 kg pour les femmes (article R.4541-6), mais ces limites ne présument pas d’une absence de risque.
- Postures contraignantes : dos courbé, bras en élévation prolongée, torsion du tronc, flexion prolongée du poignet.
- Pression de contact et vibrations : utilisation d’outils vibrants, appui prolongé sur une arête.
Facteurs organisationnels et psychosociaux
La recherche en médecine du travail a largement démontré que les facteurs psychosociaux amplifient les TMS. Un salarié soumis à une forte pression de production avec peu d’autonomie présente un risque TMS significativement plus élevé, même si ses contraintes biomécaniques restent modérées.
- Forte exigence de productivité et délais serrés.
- Manque de pauses ou impossibilité de les prendre selon ses besoins.
- Faible latitude décisionnelle, sentiment de perte de contrôle sur son travail.
- Mauvaise ambiance de travail, conflits interpersonnels.
Facteurs environnementaux
- Froid ou chaleur excessifs qui modifient la tenue musculaire.
- Éclairage inadapté forçant des postures de compensation.
- Aménagement de poste mal conçu (hauteur de plan de travail, siège inadapté, écran mal positionné).
L’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Cette obligation est de résultat en matière de sécurité. En cas de TMS reconnu comme maladie professionnelle, l’absence de mesures de prévention documentées expose l’employeur à une faute inexcusable, avec majoration de rente jusqu’à 100 % et dommages-intérêts. La prévention n’est pas une option — c’est une obligation de fond dont la charge de la preuve repose sur l’employeur.
Obligations légales de l’employeur face aux TMS
La prévention des TMS s’inscrit dans le cadre plus large de la prévention des risques professionnels, qui est une obligation générale de l’employeur. Plusieurs textes encadrent spécifiquement les risques de TMS.
L’obligation générale : L.4121-1 à L.4121-3
L’employeur doit mettre en œuvre des actions de prévention en appliquant les 9 principes généraux de prévention (article L.4121-2), dont : évaluer les risques à la source, adapter le travail à l’homme, remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins, planifier la prévention dans un ensemble cohérent.
Les règles spécifiques à la manutention manuelle
Les articles R.4541-1 à R.4541-11 du Code du travail encadrent les opérations de manutention manuelle. Ils imposent :
- L’évaluation préalable des risques pour chaque situation de manutention.
- L’organisation de la prévention : mécanisation, aide à la manutention, rotation des postes.
- La formation des salariés aux gestes et postures (article R.4541-8).
- La surveillance médicale adaptée au niveau de risque.
Le DUERP : document pivot de la prévention TMS
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est obligatoire dans toute entreprise d’au moins un salarié (article R.4121-1). Il doit inventorier l’ensemble des risques, y compris les TMS, et préciser les actions de prévention associées. Depuis la loi du 2 août 2021, le DUERP doit être conservé pendant au moins 40 ans et mis à disposition des travailleurs.
Attention : un DUERP qui mentionne le risque TMS sans plan d’action associé ne constitue pas une prévention suffisante. Les tribunaux examinent la réalité des mesures mises en œuvre, pas seulement la formalité documentaire.
Rôle du CSE et du SPSTI
Le Comité Social et Économique (CSE) doit être consulté sur tout projet d’organisation susceptible d’accroître les TMS. Le Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises (SPSTI) — anciennement service de santé au travail — est un partenaire clé : le médecin du travail peut réaliser des études de poste et accompagner la démarche de prévention. Pour toute question individuelle sur l’aptitude ou l’aménagement de poste, consultez votre médecin du travail ou SPSTI.
Comment évaluer et prévenir les TMS (DUERP)

Une démarche de prévention TMS efficace suit une logique en quatre étapes : évaluer, planifier, agir, mesurer. Le DUERP en est le fil conducteur.
Étape 1 — Évaluer les risques
L’évaluation commence par un diagnostic terrain : observation des postes, entretiens avec les salariés, analyse des données AT/MP et des signaux faibles (plaintes, restrictions d’aptitude, accidents bénins). Des outils standardisés existent :
- RULA / REBA : grilles d’évaluation posturo-biomécanique.
- OCRA : indice de répétitivité des membres supérieurs.
- TMS Pros (ANACT) : outil de diagnostic gratuit en ligne, conçu pour les PME, qui guide l’employeur dans l’identification des facteurs de risque et la construction du plan d’action.
Étape 2 — Retranscrire dans le DUERP
Chaque risque TMS identifié doit être formalisé dans le DUERP avec : la situation de travail concernée, la cotation du risque (fréquence × gravité), et les mesures de prévention prévues avec responsable et échéance. Un DUERP sans plan d’action daté est juridiquement insuffisant.
Étape 3 — Agir sur les trois leviers
- Technique : ergonomie du poste, aides à la manutention, rotation des tâches, réduction de la cadence.
- Organisationnel : pauses régulières, variation des tâches, autonomie accrue, réduction des contraintes temporelles.
- Humain : formation aux gestes et postures, sensibilisation des managers, remontée des signaux faibles.
Étape 4 — Mesurer et actualiser
La prévention TMS n’est pas un projet ponctuel. Le DUERP doit être mis à jour au moins une fois par an, lors de tout changement d’organisation ou d’équipement, et après chaque AT/MP. Le suivi des indicateurs (taux d’absentéisme TMS, nombre de déclarations MP, restrictions d’aptitude) permet d’évaluer l’efficacité des actions mises en place.
Plutôt que de vouloir tout traiter en même temps, priorisez les postes présentant la combinaison la plus défavorable : répétitivité élevée + contrainte temporelle + faible autonomie. Un simple entretien d’une heure avec les opérateurs sur ces postes, suivi d’une étude ergonomique ciblée, peut générer des gains rapides et démontrer l’engagement de la direction. Cette approche pilote facilite aussi l’adhésion du CSE et des managers de proximité, souvent sceptiques face à des démarches trop générales.
TMS et coût pour l’entreprise : AT/MP, absentéisme, turnover
Au-delà de l’obligation légale, la prévention des TMS est un investissement à retour sur investissement mesurable. Les coûts directs et indirects des TMS sont souvent sous-estimés par les équipes RH.
Les coûts directs : cotisations AT/MP
Le taux de cotisation AT/MP est fixé chaque année par la CARSAT en fonction du sinistre de l’entreprise (nombre et gravité des AT/MP déclarés). Une seule maladie professionnelle TMS peut faire bondir ce taux de manière significative, avec un effet sur plusieurs années. L’Assurance Maladie évalue le coût moyen d’un TMS reconnu à environ 21 500 €/an en coût direct pour l’entreprise (majoration de cotisation + indemnités journalières).
Les coûts indirects : l’iceberg invisible
Les études en économie de la prévention montrent que les coûts indirects représentent 2 à 5 fois les coûts directs. Ils comprennent :
- Remplacement du salarié absent : recrutement temporaire, formation, perte de savoir-faire.
- Désorganisation de l’équipe, heures supplémentaires des collègues.
- Dégradation du climat social, démotivation.
- Perte de productivité liée au présentéisme : le salarié en souffrance continue de travailler mais avec une efficacité réduite.
- Coûts liés à l’adaptation du poste en urgence ou au reclassement professionnel.
Turnover et attractivité RH
Les TMS sont l’une des premières causes de départ volontaire ou contraint chez les salariés en poste physiquement exigeant. Dans les secteurs où le recrutement est difficile (logistique, industrie agroalimentaire, grande distribution), chaque départ amplifie la pression sur les équipes restantes — ce qui accroît mécaniquement le risque TMS. Une spirale négative bien documentée par l’ANACT.
À l’inverse, les entreprises qui affichent une politique de prévention TMS sérieuse — avec des données mesurables — renforcent leur marque employeur et réduisent leur taux de turnover de manière documentée.
Mettre en place un programme de prévention TMS efficace
Un programme de prévention TMS réussi repose sur trois conditions : l’engagement de la direction, la participation des salariés, et la durée dans le temps. Voici les actions concrètes à engager.
1. Désigner un pilote interne
La prévention TMS ne peut pas être portée uniquement par le service RH. Elle nécessite un référent prévention identifié — responsable HSE, infirmier(ère) de santé au travail, ou manager de proximité formé — qui sera l’interlocuteur du SPSTI et du CSE. Dans les PME sans service HSE, ce rôle peut être confié à un manager volontaire accompagné par le SPSTI.
2. Lancer un diagnostic participatif
Utiliser le programme TMS Pros de l’ANACT (accessible gratuitement sur le site anact.fr) comme point d’entrée. Cet outil guidé permet d’identifier les situations à risque, de prioriser les actions, et de construire un plan de prévention adapté à la taille de l’entreprise. Il génère un rapport téléchargeable intégrable directement dans le DUERP.
3. Agir sur l’ergonomie des postes prioritaires
Faire appel à un ergonome (via le SPSTI ou un cabinet spécialisé) pour les postes à risque élevé. L’ergonome réalise une analyse de l’activité réelle — pas seulement du travail prescrit — et formule des préconisations d’aménagement. Ces préconisations doivent être chiffrées et intégrées dans le plan d’action du DUERP.
4. Former les managers et les salariés
La formation aux gestes et postures reste utile mais ne suffit pas seule. Elle doit s’accompagner d’une formation des managers de proximité pour qu’ils reconnaissent les signaux d’alerte (plaintes répétées, restrictions médicales, baisses de cadence) et y répondent sans stigmatisation. La remontée précoce des signaux faibles est le premier levier de prévention.
5. Intégrer les TMS dans le dialogue social
Le CSE — et plus particulièrement la Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) dans les entreprises de plus de 300 salariés — doit être associé à chaque étape : diagnostic, plan d’action, bilan annuel. Cette association n’est pas seulement une obligation légale : elle améliore l’acceptation des mesures et la remontée terrain.
6. Mesurer et communiquer les résultats
Définir des indicateurs simples, suivis trimestriellement : nombre de déclarations MP TMS, taux d’absentéisme sur les postes ciblés, nombre de restrictions d’aptitude liées aux TMS. Partager ces données avec le CSE et les équipes. La communication des résultats — même partiels — renforce la légitimité de la démarche et l’engagement des salariés.
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Questions fréquentes sur les TMS au travail
Quelle est la définition légale d’un TMS comme maladie professionnelle ?
Un TMS est reconnu comme maladie professionnelle lorsqu’il figure dans les tableaux de maladies professionnelles annexés au Code de la Sécurité sociale (tableaux 57, 69, 79, 97, 98 notamment pour les affections péri-articulaires, le syndrome du canal carpien, les lésions méniscales, etc.) et que les conditions du tableau sont réunies : délai de prise en charge, liste limitative des travaux, durée d’exposition. En dehors des tableaux, la reconnaissance est possible via le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP), avec des critères plus exigeants.
L’employeur peut-il être condamné pour faute inexcusable en cas de TMS ?
Oui. La faute inexcusable de l’employeur est engagée dès lors qu’il avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures nécessaires pour le prévenir. Depuis l’arrêt Amiante de 2002, la jurisprudence présume que l’employeur a conscience du danger lorsque le risque est connu (ce qui est largement le cas pour les TMS). En cas de faute inexcusable reconnue, la rente de la victime peut être majorée jusqu’à 100 % et l’employeur doit rembourser la majoration à la CARSAT, en plus des dommages-intérêts.
Quels secteurs sont les plus exposés aux TMS ?
Selon l’INRS et l’Assurance Maladie, les secteurs les plus touchés sont l’industrie manufacturière (agroalimentaire, automobile, textile), la grande distribution, le BTP, les soins à la personne (aide à domicile, EHPAD, hôpitaux), et la logistique. Mais les TMS progressent aussi dans les secteurs tertiaires, notamment chez les utilisateurs intensifs d’ordinateurs et les call centers. Aucun secteur n’est totalement à l’abri dès lors que des contraintes biomécaniques et organisationnelles se cumulent.
Le programme TMS Pros de l’ANACT est-il vraiment adapté aux PME ?
Oui. Le programme TMS Pros a été spécifiquement conçu pour les entreprises de moins de 250 salariés qui ne disposent pas de service HSE structuré. Il est accessible gratuitement sur le site anact.fr et propose un parcours guidé en plusieurs étapes : sensibilisation de la direction, identification des situations à risque, construction du plan d’action. L’outil génère des supports directement utilisables dans le DUERP. Des OPCO et des CARSAT régionales proposent également un accompagnement gratuit ou subventionné pour les PME engagées dans TMS Pros.
Que faire quand un salarié déclare une gêne physique liée à son poste avant qu’un TMS soit reconnu ?
La déclaration d’une gêne physique est un signal d’alerte à traiter immédiatement, sans attendre la reconnaissance officielle. Les bonnes pratiques sont : consigner la déclaration, orienter le salarié vers le médecin du travail (sans délai), analyser le poste de travail avec l’appui du SPSTI, et envisager un aménagement temporaire du poste. Traiter rapidement ce type de signal réduit le risque d’aggravation et démontre la bonne foi de l’employeur en cas de litige ultérieur. Pour tout aménagement de poste individuel, consultez votre médecin du travail ou SPSTI.
Les formations gestes et postures sont-elles suffisantes pour prévenir les TMS ?
Non, elles ne suffisent pas seules. La recherche en prévention est unanime sur ce point : les formations gestes et postures ont un effet limité et peu durable si elles ne s’accompagnent pas d’une réorganisation du travail et d’aménagements de postes. Former un salarié à « lever correctement » une charge de 30 kg ne supprime pas le risque lié au port répété de cette charge. Les formations sont utiles comme levier de sensibilisation, mais la prévention durable passe d’abord par la réduction des contraintes à la source (méchanisation, rotation, aménagement) avant d’agir sur les comportements individuels.