Visite médicale au travail 2026 : types, obligations, sanctions — guide DRH

En bref

  • Il existe 5 types principaux de visites médicales du travail en 2026 : VIP embauche, suivi renforcé (SIR), périodique, reprise et pré-reprise.
  • La visite d’information et de prévention (VIP) remplace la visite d’embauche classique depuis 2017 — délai max : 3 mois après la prise de poste (avant pour les postes à risque).
  • Le suivi individuel renforcé (SIR) s’applique aux postes à risque particulier (amiante, bruit, CMR, travail de nuit…) — visite avant embauche obligatoire.
  • La visite de reprise est obligatoire après 30 jours d’arrêt maladie non professionnelle, ou tout arrêt AT/MP et congé maternité.
  • Sanction : contravention 5e classe (1 500 € par salarié, 3 000 € en récidive) + risque de faute inexcusable.

La médecine du travail est une obligation légale pour tout employeur. Pourtant, les visites médicales au travail restent mal maîtrisées dans leurs détails : qui organise quoi, à quelle fréquence, pour quels salariés ? La réforme de 2016-2017 (décret 2016-1908 du 27/12/2016) et la loi Santé au Travail du 2 août 2021 ont profondément restructuré le suivi médical. Ce guide fait le point sur les 5 types de visites, les obligations de l’employeur et les sanctions encourues.

Les 5 types de visites médicales au travail en 2026

Depuis la réforme de 2017, le suivi médical s’articule autour de deux régimes : le suivi de droit commun (VIP + visites périodiques) et le suivi individuel renforcé (SIR) pour les postes à risque.

Type de visite Réalisée par Délai / fréquence Postes concernés
VIP (embauche) Médecin du travail, collaborateur médecin ou infirmier SPST Dans les 3 mois suivant la prise de poste Tous postes hors SIR
SIR — embauche Médecin du travail uniquement Avant la prise de poste + tous les 4 ans max Postes à risque particulier (R.4624-22)
Périodique Médecin du travail, collaborateur ou infirmier Tous les 5 ans max (modulable par accord) Tous salariés
Reprise Médecin du travail Dans les 8 jours calendaires suivant la reprise Après ≥30 j d’arrêt, AT/MP, maternité
Pré-reprise Médecin du travail Avant la reprise (pendant l’arrêt) Arrêts > 3 mois (recommandée)

La visite d’information et de prévention (VIP) à l’embauche

La visite d’information et de prévention (VIP) a remplacé la visite médicale d’embauche systématique depuis le décret du 27 décembre 2016 (Code du travail art. R.4624-10 à R.4624-14). Contrairement à l’ancien régime, elle ne délivre plus d’avis d’aptitude pour la majorité des salariés.

Délai légal : La VIP doit avoir lieu dans les 3 mois suivant la prise de poste. Exception : pour les salariés en travail de nuit, les travailleurs handicapés et les femmes enceintes, la visite doit se tenir avant la prise de poste.

Ses objectifs : interroger le salarié sur son état de santé, l’informer sur les risques liés à son poste, le sensibiliser aux moyens de prévention, identifier d’éventuelles situations de vulnérabilité, et fixer la date du prochain suivi périodique.

⚠️ Postes à risque particulier : Certains postes ne relèvent pas de la VIP mais du Suivi Individuel Renforcé (SIR), qui impose un examen médical d’aptitude avant la prise de poste. Organiser une simple VIP pour un poste SIR constitue une violation du Code du travail pouvant entraîner des sanctions pénales et une requalification en faute inexcusable en cas d’accident.
Responsable RH devant un tableau de suivi médical avec les fiches de ses employés

Le suivi individuel renforcé (SIR) : qui est concerné ?

Le suivi individuel renforcé (SIR) s’applique aux salariés occupant des postes à risque particulier, définis à l’article R.4624-22 du Code du travail. Il est réalisé exclusivement par le médecin du travail.

Principaux postes visés :

  • Exposition à l’amiante, au plomb au-delà des valeurs limites, aux agents CMR ;
  • Agents biologiques des groupes 3 et 4 ;
  • Rayonnements ionisants ;
  • Risque hyperbare ;
  • Travail de nuit ;
  • Risque de chute de hauteur (échafaudages, montage/démontage) ;
  • Postes définis par accord de branche ou décision du médecin du travail.

La périodicité du SIR est de 4 ans maximum (2 ans pour les salariés exposés à l’amiante). À mi-parcours, une visite intermédiaire est prévue par un professionnel de santé (infirmier SPST possible).

💡 Astuce DRH : La liste des postes SIR doit figurer dans votre DUERP. En cas de doute sur la classification d’un poste, consultez votre SPST avant l’embauche — une erreur de classement découverte après un accident peut être très coûteuse (requalification AT/MP + majoration faute inexcusable).

La visite médicale de reprise : quand est-elle obligatoire ?

La visite de reprise est organisée par l’employeur dès le retour du salarié à son poste après une absence prolongée. Depuis le décret 2022-372 du 16 mars 2022, le seuil pour la maladie non professionnelle est fixé à 30 jours d’arrêt.

Cas déclenchant la visite de reprise :

  • Absence pour maladie ou accident d’origine non professionnelle d’au moins 30 jours ;
  • Absence pour accident du travail ou maladie professionnelle, quelle que soit la durée ;
  • Absence pour congé maternité (quel que soit la durée).

Délai : La visite doit avoir lieu dans les 8 jours calendaires suivant la reprise effective. C’est l’employeur qui prend contact avec le SPST — le salarié n’a pas à le faire lui-même.

Conséquence juridique : Tant que la visite de reprise n’a pas eu lieu, le contrat de travail reste suspendu. L’employeur ne peut pas licencier pour inaptitude avant cette visite. Un avis d’inaptitude délivré lors de la reprise déclenche l’obligation de reclassement.

Salarié qui parle avec le médecin du travail dans un bureau médical bienveillant

La visite de pré-reprise : anticiper le retour au poste

Souvent confondue avec la visite de reprise, la visite de pré-reprise intervient pendant l’arrêt de travail, avant le retour. Elle est recommandée (pas obligatoire) pour les arrêts supérieurs à 3 mois.

Qui peut la demander ? Le salarié, son médecin traitant ou le médecin conseil de la CPAM — pas l’employeur directement. Si l’employeur souhaite anticiper le retour, il peut encourager le salarié à la demander.

Objectif : Permettre au médecin du travail d’émettre des recommandations anticipées (aménagement de poste, temps partiel thérapeutique, formation de reconversion…) que l’entreprise peut préparer avant le retour. Elle réduit significativement le risque d’inaptitude définitive déclarée à la reprise.

Visites à la demande et examens médicaux d’aptitude

À la demande du salarié : Tout salarié peut demander à tout moment une visite auprès du SPST (art. R.4624-34). Cette demande est de droit, ne peut pas être refusée par l’employeur et ne se substitue pas aux visites périodiques obligatoires.

À la demande de l’employeur : L’employeur peut aussi solliciter une visite pour un salarié présentant des signes de détérioration de santé en lien avec le poste. La demande est formulée auprès du SPST.

Examen médical d’aptitude (EMA) : Il ne subsiste que dans le cadre du SIR. Pour les postes hors SIR, la notion d’aptitude systématique n’existe plus depuis 2017. Le médecin du travail peut toutefois formuler des restrictions ou émettre un avis d’inaptitude à tout moment du suivi.

Obligations de l’employeur et sanctions

L’organisation des visites médicales est une obligation exclusive de l’employeur, non délégable au salarié :

  • Adhérer à un SPST et verser la cotisation annuelle ;
  • Déclarer tout salarié au SPST au plus tard à l’embauche ;
  • Organiser et financer les visites (le temps de trajet + visite = temps de travail effectif) ;
  • Mettre en œuvre les préconisations du médecin du travail dans un délai raisonnable ;
  • Conserver les attestations de suivi dans le dossier individuel de chaque salarié.

Sanctions pénales (art. R.4745-1 du Code du travail) :

  • Contravention de 5e classe : 1 500 € par salarié non suivi ;
  • Récidive : 3 000 € ;
  • Responsabilité civile engagée en cas de maladie professionnelle ou d’inaptitude liée à un défaut de suivi.
⚠️ Faute inexcusable : En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, l’absence de suivi médical (VIP non réalisée, SIR omis, visite de reprise oubliée) peut constituer une faute inexcusable de l’employeur (art. L.452-1 du Code de la sécurité sociale). La majoration de rente et les dommages-intérêts peuvent atteindre des sommes très élevées.

Questions fréquentes sur la visite médicale au travail

Qui doit payer la visite médicale du travail ?

La visite médicale du travail est entièrement à la charge de l’employeur, via la cotisation versée au SPST. Le salarié ne peut être débité d’aucun frais. Le temps passé — trajet compris — est du temps de travail effectif rémunéré (art. L.4624-1 Code du travail).

Un salarié peut-il refuser une visite médicale obligatoire ?

Non. Le refus d’une visite obligatoire (VIP, SIR, reprise) est une faute pouvant justifier une sanction disciplinaire. Le salarié peut toutefois refuser des examens complémentaires non imposés réglementairement — mais le médecin du travail peut alors être dans l’impossibilité d’émettre un avis favorable.

Quelle différence entre visite d’aptitude et VIP ?

La visite d’aptitude systématique a été supprimée pour la plupart des salariés depuis 2017. La VIP (visite d’information et de prévention) ne délivre plus d’avis d’aptitude : elle vise à informer et orienter. Seul le SIR (postes à risque) maintient un examen médical d’aptitude (EMA) délivré par le médecin du travail avant la prise de poste.

Que se passe-t-il si l’employeur n’organise pas la visite de reprise ?

Le contrat reste suspendu. L’employeur qui laisse le salarié reprendre sans organiser la visite dans les 8 jours s’expose à une contravention de 5e classe (1 500 € par salarié). En cas d’accident survenant dans cette période, sa faute peut être retenue avec des conséquences financières très importantes (majoration AT/MP, dommages-intérêts).

Les CDD et intérimaires bénéficient-ils du suivi médical ?

Oui. CDD et intérimaires bénéficient du même suivi médical que les CDI. Pour les intérimaires, la visite de base incombe à l’ETT (entreprise de travail temporaire), mais l’entreprise utilisatrice doit vérifier l’aptitude au poste proposé — surtout pour les postes en SIR. Une coordination ETT/entreprise utilisatrice est indispensable pour éviter les zones grises juridiques.

Quel est le délai pour la visite de reprise après un arrêt maladie ?

La visite de reprise doit être organisée dans les 8 jours calendaires suivant la reprise effective. C’est l’employeur — pas le salarié — qui contacte le SPST. Cette obligation s’applique dès 30 jours d’arrêt maladie non professionnelle, ou quelle que soit la durée pour un AT/MP ou un congé maternité.

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