- L’INRS vient de publier (juillet 2026) un rappel complet sur les obligations employeur en cas de travail à la chaleur.
- Obligation légale : évaluer le risque chaleur dans le DUERP (article R4121-1 du Code du travail).
- Mesures concrètes obligatoires : eau fraîche, pauses, réorganisation des horaires, vêtements adaptés.
- Vigilance canicule (météo-France) ≠ risque chaleur permanent sur postes chauds — deux cadres légaux distincts.
- Sanction : jusqu’à 3 750 € par salarié exposé en l’absence de mesures (art. L4741-1).
L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) a publié en juillet 2026 un rappel de ses préconisations sur le travail à la chaleur. Si l’été cristallise l’attention sur les canicules, le risque thermique concerne aussi des postes permanents tout au long de l’année : fonderies, cuisines professionnelles, boulangeries, entrepôts logistiques non climatisés, cabines de machine. Voici ce que l’employeur doit savoir — et faire.
Travail à la chaleur : quelle réglementation pour l’employeur ?
Il n’existe pas en France de température maximale légale au-delà de laquelle le travail est interdit. En revanche, l’employeur est soumis à une obligation générale de sécurité (article L4121-1 du Code du travail) qui l’oblige à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la santé physique et mentale de ses salariés — y compris contre les risques thermiques.
Les obligations légales de base
- Évaluation du risque dans le DUERP (art. R4121-1) : identifier les postes exposés à la chaleur, estimer la probabilité et la gravité du risque, prévoir les mesures de prévention.
- Eau fraîche potable accessible (art. R4225-2) : l’employeur doit mettre à disposition de l’eau potable et fraîche à proximité des postes de travail. La réglementation ne précise pas la quantité, mais l’INRS recommande 0,25 L tous les quarts d’heure en cas de forte chaleur.
- Locaux à température raisonnable (art. R4223-13) : les locaux de travail doivent être chauffés/tempérés pendant les saisons froides, mais aucun plafond de température n’est fixé légalement en été. C’est l’évaluation des risques (DUERP) qui s’applique.
- Information et formation (art. R4141-3) : les salariés exposés doivent être informés des risques de coup de chaleur, des symptômes, et des comportements à adopter.
- Surveillance médicale : le médecin du travail peut définir une surveillance renforcée pour les salariés exposés à un risque thermique élevé (travail en espace confiné, en milieu chaud industriel).
Différence entre canicule et risque chaleur permanent
L’employeur doit distinguer deux situations réglementairement différentes :
| Situation | Déclencheur | Cadre légal | Action obligatoire |
|---|---|---|---|
| Canicule | Vigilance orange ou rouge Météo-France | Plan national canicule + circulaire DGT | Plan de vigilance canicule, eau, pauses, horaires décalés |
| Chaleur permanente (poste chaud) | Température élevée chronique (four, fonderie, cuisine) | Art. L4121-1 + DUERP + recommandations INRS | Évaluation WBGT, rotation, équipements de protection, visite médicale |
| Travail en extérieur l’été | Températures estivales | Art. L4121-1 + Code du travail + plan canicule | Eau, pauses à l’ombre, protection solaire, surveillance des signes d’alerte |
Les mesures de prévention recommandées par l’INRS (juillet 2026)
Mesures organisationnelles
- Décalage des horaires : commencer plus tôt le matin pour éviter la chaleur de l’après-midi (entre 12h et 16h).
- Rotation des postes : alterner les salariés sur les postes les plus chauds pour limiter l’exposition cumulée.
- Pauses régulières en zones tempérées ou climatisées : au minimum toutes les heures en cas de forte chaleur.
- Allègement des charges : reporter les tâches physiques intenses aux heures les plus fraîches.
Mesures techniques
- Ventilation naturelle ou mécanique des locaux de travail.
- Brasseurs d’air et brumisateurs sur les postes exposés.
- Isolation thermique des toitures et parois exposées au soleil.
- Rideaux d’air froid aux accès de zones chaudes.
- Thermomètre et indicateur WBGT (Wet Bulb Globe Temperature) sur les postes à risque élevé.
Protection individuelle
- Vêtements légers, en fibres naturelles, si la nature du travail le permet.
- Vêtements à refroidissement par eau ou air pour les environnements très chauds (sidérurgie, fonderie).
- Protection solaire (chapeau, crème) pour le travail en extérieur.
Comment intégrer le risque chaleur dans votre DUERP ?
La mise à jour du DUERP pour intégrer le risque chaleur doit couvrir au minimum :
- Identification des unités de travail exposées : liste des postes avec chaleur chronique ou saisonnière (BTP, cuisines, entrepôts, boulangeries, fonderies…).
- Évaluation de l’exposition : durée, intensité (température ambiante, WBGT), charge physique, port d’EPI thermiques.
- Mesures de prévention planifiées : organisation (horaires, rotations), technique (ventilation, isolation), individuel (EPI, formation).
- Plan d’urgence : que faire en cas de coup de chaleur (appel SAMU 15, premiers secours, aménagement du poste).
- Mise à jour annuelle ou à chaque changement significatif : une nouvelle installation, un été exceptionnellement chaud, un accident du travail lié à la chaleur.
Le coup de chaleur (hyperthermie d’exercice) peut engager le pronostic vital. S’il survient au travail, il constitue un accident du travail à déclarer dans les 48 heures auprès de la CPAM (art. L441-2 du Code de la sécurité sociale). Ne pas déclarer un AT est une infraction pénale.
Questions des DRH sur le travail à la chaleur
+ Peut-on interdire le travail au-delà d’une certaine température ?
Il n’existe pas de seuil légal de température déclenchant automatiquement l’arrêt du travail. Mais si l’employeur constate que les conditions de travail constituent un danger imminent et grave (art. L4131-2), il doit suspendre le travail. Le droit de retrait du salarié (art. L4131-1) s’applique également si ce dernier estime sa vie ou sa santé en danger imminent. Un accord collectif peut fixer des seuils dans un secteur donné.
+ Le risque chaleur doit-il figurer dans le DUERP même pour un bureau climatisé ?
Oui, si des salariés sont exposés au soleil, à la chaleur extérieure lors de déplacements, ou si la climatisation peut tomber en panne en été. L’évaluation des risques doit couvrir toutes les unités de travail, y compris les scénarios de défaillance. Pour un bureau entièrement climatisé sans travail extérieur, le risque peut être qualifié de faible et mentionné comme tel dans le DUERP.
+ Quels sont les signaux d’alerte d’un coup de chaleur à surveiller ?
Les symptômes du coup de chaleur (hyperthermie) à connaître : température corporelle > 40 °C, peau chaude et sèche (pas de transpiration dans les formes graves), confusion, maux de tête intenses, nausées, perte de conscience. En cas de suspicion : appeler le 15 immédiatement, placer la personne dans un endroit frais, appliquer des compresses froides sur la nuque, les aisselles et les aines. C’est une urgence médicale.
+ La chaleur augmente-t-elle le risque d’accident du travail ?
Oui, de façon significative. L’INRS et l’ANACT ont documenté une corrélation entre températures élevées et hausse des accidents du travail : diminution de la vigilance, moindre dextérité, fatigue accrue, prise de risque plus fréquente. Les études estiment une augmentation de 1 à 1,5 % des AT par degré supplémentaire au-delà de 25 °C. Ce facteur aggravant doit apparaître dans votre DUERP.
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