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Morts au travail en 2024 : ce que révèlent les chiffres de la sinistralité pour l’employeur

Expertise Santé Travail 9 min de lecture

Ouvrier du batiment avec casque et gilet haute visibilite inspectant un echafaudage sur un chantier au petit matin

764 salariés du régime général sont morts d’un accident du travail en 2024, contre 550 en 2020, selon le rapport annuel de l’Assurance Maladie Risques professionnels publié le 18 novembre 2025. La France affiche le taux standardisé d’accidents mortels le plus élevé de l’Union européenne selon Eurostat. La hausse ne touche pas tout le monde de la même façon : elle progresse chez les femmes depuis vingt ans quand elle recule chez les hommes, et plus d’un décès sur cinq survient dans l’année qui suit la prise de poste. Ce que ces chiffres imposent concrètement à l’employeur.

Ce qu’il faut retenir

  • 764 décès par accident du travail en 2024 au régime général, contre 550 en 2020 : une hausse de 39 % en quatre ans (Assurance Maladie).
  • 26,4 AT pour 1 000 salariés : l’indice de fréquence des accidents du travail en 2024, en baisse de 1,1 % sur un an, mais le nombre de morts continue de grimper.
  • 4,48 décès pour 100 000 travailleurs en taux standardisé : la France en tête de l’Union européenne en 2024, loin devant la moyenne UE de 2,10 (Eurostat).
  • Hausse de 26 % chez les femmes, baisse de 40 % chez les hommes : l’évolution du nombre d’accidents du travail entre 2000 et 2023 (Assurance Maladie).

Ce que dit le rapport annuel de l’Assurance Maladie Risques professionnels

L’Assurance Maladie Risques professionnels publie chaque année le bilan de la sinistralité au travail du régime général, qui couvre près de 20,8 millions de salariés. Dans son rapport 2024, publié le 18 novembre 2025, la branche recense 764 décès consécutifs à un accident du travail survenus avant consolidation de l’état de la victime, soit cinq de plus qu’en 2023, déjà un record. Le nombre de décès progresse chaque année depuis 2020 : 550, 645, 738, 759, puis 764, une hausse de 39 % sur la période.

Dans le même temps, l’indice de fréquence des accidents du travail, qui rapporte le nombre d’accidents aux effectifs salariés, recule légèrement : il s’établit à 26,4 accidents pour 1 000 salariés en 2024, contre 26,8 en 2023. Le nombre d’accidents diminue donc globalement, mais leur gravité, elle, ne baisse pas.

Indicateur 2020 2023 2024
Décès par accident du travail (régime général) 550 759 764
Indice de fréquence (AT pour 1 000 salariés) non comparable (chômage partiel) 26,8 26,4
Décès de salariés de moins de 25 ans 20 33 22
Part des décès survenus la 1ère année dans le poste (tous âges) non disponible non disponible plus de 20 %

Le rapport détaille aussi les circonstances des décès : en 2024, 59 % sont liés à un malaise, 13 % à un accident de la route, et 24 % ont une origine professionnelle clairement identifiée, chute ou manutention en tête. Le risque routier reste une cause majeure et progresse en proportion depuis 2020, où il représentait 10 % des décès contre 13 % en 2024.

La France, taux d’accidents mortels le plus élevé de l’Union européenne

Selon les données Eurostat publiées le 25 septembre 2026, 3 367 personnes sont mortes dans un accident du travail dans l’Union européenne en 2024, soit 1,4 % de plus qu’en 2023. Pour comparer des pays aux structures économiques différentes, Eurostat calcule un taux standardisé : la France y affiche 4,48 décès pour 100 000 travailleurs, le taux le plus élevé de l’Union, devant la Bulgarie (3,92) et la Lettonie (3,74). La moyenne européenne se situe à 2,10. En taux brut, la France atteint 3,61 décès pour 100 000 travailleurs.

« Le système français de déclaration et de reconnaissance des accidents du travail est centré sur le signalement de l’événement lié au travail. Il ne distingue généralement pas les accidents dont la cause principale est le travail des accidents survenus pendant le travail. »

Eurostat, précision méthodologique sur les statistiques françaises d’accidents du travail

Cette précision méthodologique explique en partie l’écart avec d’autres pays européens, sans l’annuler : à structure de déclaration comparable, la tendance à la hausse du nombre de décès reste, elle, propre à la France. Au niveau européen, la construction demeure le secteur le plus meurtrier, avec 776 décès en 2024, devant les transports et l’entreposage (537) et l’industrie manufacturière (466).

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Jeune salarié en gilet haute visibilité recevant une consigne de sécurité d'un encadrant sur un site industriel
Plus de la moitié des décès de salariés de moins de 25 ans surviennent dans l’année qui suit la prise de poste : l’accueil sécurité n’est pas une formalité.

Une hausse qui touche différemment les femmes, les jeunes et les nouveaux embauchés

Le rapport de l’Assurance Maladie confirme une tendance déjà documentée les années précédentes : sur la période 2000-2023, le nombre d’accidents du travail reconnus baisse globalement de 25 %, porté par un recul de 40 % chez les hommes, alors qu’il progresse de 26 % chez les femmes sur la même période. En 2023, 564 000 accidents du travail ont été reconnus en premier règlement, dont 62 % chez les hommes : l’écart se réduit, il ne s’inverse pas encore.

Les salariés de moins de 25 ans représentent une part limitée des décès, 22 sur 764 en 2024, soit 3 % du total. Mais le rapport met en évidence un fait plus préoccupant que ce chiffre brut : plus de 20 % de l’ensemble des décès par accident du travail surviennent dans l’année qui suit la prise de poste, soit au moins 160 décès en 2024. Chez les moins de 25 ans, cette proportion dépasse la moitié des décès. Les accidents des plus jeunes sont aussi moins souvent liés à un malaise et davantage à une cause professionnelle identifiée, chute ou manutention notamment.

Ce que la loi impose déjà à l’employeur

L’obligation générale de sécurité (article L4121-1 du Code du travail) et les neuf principes de prévention (article L4121-2) ne sont pas des déclarations d’intention : ils se traduisent dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), obligatoire dès le premier salarié et mis à jour au moins une fois par an dans les entreprises de 11 salariés et plus (articles R4121-1 à R4121-4). Le DUERP doit tenir compte de l’impact différencié de l’exposition aux risques selon le sexe des travailleurs (article L4121-3). L’employeur organise une formation à la sécurité pratique et appropriée pour tout nouvel embauché et tout salarié qui change de poste (article L4141-2). Les salariés en CDD, en intérim et les stagiaires affectés à des postes à risques particuliers doivent recevoir un accueil et une formation renforcée (article L4154-2) : à défaut, la faute inexcusable de l’employeur est présumée établie en cas d’accident (article L4154-3).

Pour aller plus loin, notre guide sur la prévention des chutes de plain-pied détaille l’inscription de ce risque au document unique, et notre article sur l’absence de DUERP rappelle les sanctions encourues depuis 2026. La question de la responsabilité en cas d’accident mortel est traitée dans notre article sur la responsabilité pénale du dirigeant, et la réforme du financement AT/MP dans notre article sur le double taux applicable au 1er novembre 2026.

  1. Mettre à jour le DUERP avec les données de sinistralité récentes. Intégrer le risque routier, les chutes et les manutentions comme causes majeures identifiées par l’Assurance Maladie, et non plus seulement les risques historiques du secteur.
  2. Distinguer l’exposition des femmes et des hommes. Documenter, unité de travail par unité de travail, si les postes occupés majoritairement par des femmes sont correctement évalués, l’obligation légale d’un DUERP tenant compte de l’impact différencié selon le sexe n’étant pas toujours appliquée en pratique.
  3. Renforcer l’accueil sécurité des nouveaux embauchés et des jeunes. Prévoir un temps dédié, adapté au poste réel, avant toute prise d’autonomie, en particulier pour les moins de 25 ans, les plus exposés dans leur première année.
  4. Identifier les postes à risques particuliers pour les CDD, l’intérim et les stagiaires. Établir la liste après avis du médecin du travail et du CSE, et organiser la formation renforcée prévue par la loi.
  5. Suivre l’indice de fréquence de son propre secteur. Le comparer au 26,4 pour 1 000 national permet de situer objectivement le niveau de risque de l’entreprise et de prioriser les actions de prévention.

Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes au travail en France en 2024 ?

764 décès par accident du travail ont été reconnus au régime général en 2024, selon l’Assurance Maladie Risques professionnels. En ajoutant les accidents de trajet et les maladies professionnelles, 1 297 personnes sont mortes du fait de leur travail cette année-là.

La France est-elle vraiment le pays le plus meurtrier d’Europe pour les accidents du travail ?

Selon Eurostat, la France affiche en 2024 le taux standardisé d’accidents mortels le plus élevé de l’Union européenne, 4,48 pour 100 000 travailleurs contre une moyenne UE de 2,10. Eurostat souligne toutefois que le mode français de déclaration des accidents diffère de celui de plusieurs autres pays, ce qui contribue à cet écart sans l’expliquer entièrement.

Pourquoi les accidents du travail augmentent-ils chez les femmes ?

L’Assurance Maladie constate une hausse de 26 % du nombre d’accidents du travail chez les femmes entre 2000 et 2023, quand il recule de 40 % chez les hommes. Le rapport ne tranche pas une cause unique : il pointe une évolution de la structure de l’emploi féminin vers des secteurs plus exposés, ce qui justifie une évaluation des risques qui tienne compte du sexe des travailleurs, une obligation prévue par l’article L4121-3 du Code du travail.

Que risque l’employeur qui n’a pas formé un salarié en CDD affecté à un poste à risques ?

Si un salarié en CDD, en intérim ou en stage, affecté à un poste à risques particuliers, est victime d’un accident du travail sans avoir reçu la formation renforcée prévue par l’article L4154-2 du Code du travail, la faute inexcusable de l’employeur est présumée établie, en application de l’article L4154-3. Les conséquences financières et pénales pour l’entreprise en sont aggravées.

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Nous contacter

Déclencheur : Science & Vie, 26 septembre 2026. Sources primaires : Assurance Maladie Risques professionnels, rapport annuel 2024, éléments statistiques et financiers, publié le 18 novembre 2025 ; Eurostat, Accidents at work claimed 3 367 lives in the EU in 2024, 25 septembre 2026 ; Code du travail, articles L4121-1, L4121-2, L4121-3, R4121-1 à R4121-4, L4141-2, L4154-2 et L4154-3.